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Nouveau métier, nouvelle vie

PORTRAIT. La vie professionnelle n’est plus un long fleuve tranquille. Franck Lopez, ancien tourneur-fraiseur, est devenu graphiste.

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Le parcours professionnel n’est pas une ligne droite. Les travailleurs doivent désormais être mobiles d’un point de vue géographique mais aussi sectoriel. Selon une étude de l’INSEE, sur les 17 millions d’individus âgés de 30 à 54 ans en 2003 et qui avaient un emploi en 1998, 20% ont changé de groupe socioprofessionnel
Souvent, ce sont des raisons économiques qui obligent les travailleurs à se réorienter, à apprendre un nouveau travail. Mais d’autres fois, comme pour Franck Lopez, c’est une passion qui les pousse à prendre un tournant, à bouleverser leur vie professionnelle et bien souvent personnelle.

Changer de vie.

Pour lui tout commence par une orientation scolaire peut être un peu précoce. « Comme cela se faisait beaucoup à l’époque, on m’a aguillé après la cinquième en filière technique. J’ai passé un BEP en mécanique générale, et j’ai travaillé à Pau, pendant trois ans, en tant que tourneur fraiseur. »
Comme le métier ne lui plaît pas vraiment, il envisage de se réorienter. « Ce qui m’a incité c’est que dès tout petit, en 1985, j’ai eu mon premier ordinateur et arrivé à un moment, je faisais tellement d’informatique qu’il fallait que j’en ai un usage professionnel. »

Après plusieurs demandes de CIF (Congés Individuels de Formation) refusées, il fait le choix risqué de démissionner. « J’ai fait ce changement de situation à trente ans, ce qui n’est peut-être pas le meilleur age, parce que passé 25 ans, tu as moins d’aides. Je me suis retrouvé sans travail à devoir financer une formation. Je me suis débrouillé comme je pouvais, j’ai quitté mon appartement, j’ai vendu ma voiture, j’ai fait quelques prêts. »
Après une formation d’un an en infographie, il acquiert de l’expérience en intérim et décide finalement de se mettre à son compte, en créant son entreprise : Alias & Pico2.

Un pari calculé.

Une réorientation professionnelle, encore plus quand elle se matérialise par une création d’entreprise, même si cela peut y ressembler, ne doit pas être un coup de poker. Avant de se lancer, Franck a mûrement réfléchi à son projet pour mieux appréhender et anticiper les difficultés. Il a également beaucoup travaillé, souvent en autodidacte, pour apprendre son nouveau métier et développer son réseau.

« Avant de se lancer, il y a un temps de recherche important. La formation que j’ai faite m’a aidée, mais ce n’est pas suffisant, il faut aussi travailler soi-même. Au début j’ai fait beaucoup de travails pour des amis mais aussi des essais, des exercices pour moi, des entraînements pour maîtriser les logiciels, mon outil de travail. J’ai un ami graphiste, qui m’a permis de rencontrer beaucoup de ses collègues. Ils m’ont conseillé, m’ont donné des directions. C’est très important même si c’est à toi de trouver ton propre style ».

Ce travail en amont lui a permis de définir au mieux les services proposés par son entreprise. « Dans ce milieu, beaucoup de graphistes ont suivi des formations longues qui sont vraiment spécialisées dans un domaine de création, moi je suis un touche à tout. »
Ainsi, il propose aussi bien la création d’identités visuelles (logos, cartes de visites…), d’outils de communication papier (affiches, flyers, dépliants…) que la conception de sites Internet et l’animation Flash et vidéo.

Pour Franck, le pari risqué est devenu gagnant. « Je ne regrette rien, même si au début cela a été dur économiquement. J’ai eu la chance de très vite trouver des clients que j’ai réussi à fidéliser. Parfois, j’ai même trop de travail, il m’est arrivé plusieurs fois d’être obligé de refuser des clients. »

Article d’Alexandre Piboyeux


1 Olivier Monso, « Changer de groupe social en cours de carrière », Insee Première, décembre 2006
2 Alias & Pico – 27 rue de la pelouse de Douet, 33000 Bordeaux – 0954 640 782