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Un travailleur heureux

PORTRAIT. Alors que l’insertion des personnes handicapées dans les entreprises pose souvent problème, aujourd’hui, Thierry Taillet est dessinateur technique

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Parmi les 15-65 ans handicapés, moins de 20 % ont un handicap de naissance (1). C’est une réalité que l’on ignore bien souvent : la très grande majorité d’entre eux menait une vie ordinaire avant d’être victimes d’un accident ou de connaître un grave problème de santé.
Ce que l’on ne peut ignorer en revanche, c’est l’aspiration naturelle de ces hommes et de ces femmes à conserver une activité professionnelle lorsque cela est encore possible.

Le parcours de Thierry Taillet est en cela exemplaire. Victime d’un accident de la route en 1991, il souffre depuis d’apoplexie, et subit de graves crises de douleurs. Son handicap n’est pas visible, mais il l’oblige à avoir des conditions de travail adaptées.



Le parcours d’un combattant. Avant son accident, il travaillait en tant qu’ouvrier de production dans une usine de la région bordelaise. Après un arrêt de travail de cinq ans, il a fait le choix, en accord avec son entreprise, de suivre une formation pour se réorienter plutôt que d’être reclassé en interne. « Dans mon malheur, j’ai eu la chance d’apprendre un nouveau métier, celui que je voulais : dessinateur technique. J’ai suivi une formation de deux ans, mais c’est après que la vraie galère a commencé. Comme beaucoup de travailleurs, je me suis retrouvé au chômage. »
A cela, il trouve deux raisons : la crainte des employeurs face au handicap, bien sûr, mais aussi son manque d’expérience. Il multiplie les formations aux différents logiciels de dessin technique et les missions d’intérim, qui lui permettent d’exercer ses talents dans différents domaines. Il connaît aussi plusieurs expériences difficiles : une entreprise lui offre un CDD de deux ans, mais, en difficultés financières, celle-ci doit fermer ses portes. Il crée ensuite sa propre entreprise mais se heurte encore au climat économique difficile.
Aujourd’hui, il a enfin trouvé une stabilité professionnelle. « Cela fait 7 mois que je travaille en CDI pour la Solo Siad, à Mérignac, en tant que dessinateur BTP. C’est une société qui m’a véritablement ouvert les bras. Grâce à l’aide du Girpeh, mon poste a été adapté avec le soutien financier de l’Agefiph. J’ai un handicap mais je suis un homme à part entière. Je ne suis pas handicapé pour le métier que je fais. Quand je suis derrière mon écran d’ordinateur, je suis totalement valide. »


L’importance de l’information. Pour lui, la principale difficulté au cours de ces années a été l’accès aux informations. « Je comprends que les choses soient difficiles à organiser, et je ne veux pas polémiquer mais les informations sont difficiles à trouver à l’ANPE qui est l’endroit où l’on se rend naturellement pour chercher un emploi. Pourtant un simple tableau d’information destiné aux handicapés suffirait pour savoir où s’orienter, à qui s’adresser. Moi, c’est mon médecin de famille qui m’a conseillé de me renseigner auprès de la Maison de l’emploi, à Pessac, qui m’a beaucoup aidé, tout comme le Girpeh, avec qui je suis en contact depuis 1997. »
Il insiste sur la nécessité pour le travailleur handicapé d’être informé au mieux de ses droits et des aides qu’il peut recevoir. « Au final, c’est un argument de plus devant l’employeur. On peut dire : oui, j’ai un handicap, mais je peux faire correctement mon travail, à condition que mon poste soit adapté, et il existe des aides financières et techniques pour cela. C’est une preuve de sérieux et de volonté. »
La volonté, c’est sans aucun doute ce qui caractérise le mieux Thierry, plus que n’importe quel handicap physique. « Il ne faut jamais baisser les bras. On a la chance en France d’être bien soutenu par l’Etat et aujourd’hui, j’ai la fierté d’avoir un emploi. C’est une manière de remercier la société pour ce qu’elle m’a apporté. Je me lève le matin, heureux d’aller travailler. »

Article d’Alexandre Piboyeux


(1) Source : www.agefiph.com