Trop de diplômes en poche !
EMPLOI. Si les non-bacheliers rencontrent de grandes difficultés pour trouver un emploi, les jeunes surdiplômés connaissent des déboires similaires
Parcours sans faute et avenir tout tracé pour Laurence Wulput, après l’obtention de son DEA (Diplôme d’études appliquées) en Géosciences. Dès sa sortie de l’université en 2004, elle entre au CNRS. Une véritable opportunité pour cette jeune diplômée aujourd’hui âgée de 29 ans. De la Bretagne à l’Aquitaine, il n’y a eu qu’un pas à faire pour suivre son compagnon qui démarre une activité professionnelle dans le Médoc. Les difficultés ont commencé lorsque la géologue décide à la fois de changer de région et, par la même occasion, de passer de la recherche au domaine de l’application.
« Je cherche un emploi depuis le mois de septembre dernier, notamment dans les bureaux d’études de la région. Mon cv et mon parcours professionnel sont surtout axés sur la recherche et je connais de grandes difficultés à accéder aux entretiens d’embauche malgré un diplôme solide et une expérience professionnelle reconnue » précise Laurence Wulput.
Motivation vaine. Candidatures spontanées, entretiens conseils, candidatures en ligne… Toutes ces démarches n’ont donné aucun résultat satisfaisant pour le moment. « J’ai également cherché à faire des stages en entreprises, afin d’étoffer mon expérience, mais là, je me heurte à des problèmes administratifs. La plupart des stages accordés par l’ANPE ne durent que quelques dizaines d’heures. Une durée insuffisante pour décrocher une expérience profitable. »
Extrêmement motivée, Laurence Wulput a aussi postulé pour des postes qui exigeaient un diplôme moindre que son DEA. Là encore, ses candidatures n’ont pas été retenues, parce qu’elle était « surdiplômée ». « D’autres élèves de ma promotion ont connu les mêmes déboires et sont partis à l’étranger pour trouver un emploi. »
Lors des entrevues qu’elle peut avoir avec des chefs d’entreprise, la jeune géologue doit à la fois montrer sa volonté et son dynamisme mais aussi se battre pour rectifier l’image qu’ils ont des universitaires. « Souvent ils ont l’impression que les universitaires sont très protégés durant leurs études alors que bien au contraire nous sommes capables très vite d’une grande autonomie. »
Un nouveau cap à passer. Il y a quelques semaines, Laurence Wulput a été convoquée par l’Anpe pour participer à un nouveau programme de recherche d’emploi, le CVE (Cap vers l’emploi). Une douzaine de jeunes faisaient partie du groupe et, durant deux mois et demi, ils ont été épaulés dans leurs recherches professionnelles. « Nous avons pu échanger et partager nos expériences, et rencontrer des chefs d’entreprise. »
Les personnes qui ont terminé ce stage et qui n’ont pas décroché de contrat de travail, sont parrainées par un chef d’entreprise, comme c’est le cas pour Laurence Wulput. Le « parrain » donne des informations au « filleul » sur des emplois possibles et lui permet ainsi de profiter de son réseau professionnel.Parmi les initiatives de ce groupe, une opération « coup de poing » avait été lancée. Durant deux jours, les chercheurs d’emploi ont distribué leur CV aux automobilistes circulant devant les entreprises de la zone industrielle du Phare à Mérignac. Si cette action n’a guère porté ses fruits (un seul emploi décroché suite à cette opération), les derniers entretiens de Laurence Wulput sont davantage porteurs d’espoir. « J’attends des réponses et je poursuis mes recherches. Si elles ne devaient pas aboutir, je changerais de cursus professionnel… Je trouverais ça dommage, ce serait une perte de savoir, de temps et d’argent. »
Isabelle Le Blanc

